Les Programmes de l'école

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PREFACE

L’école primaire française comporte une originalité que nombre de pays nous envient : elle intègre à la fois l’école maternelle et l’école élémentaire. La cohérence de cette architecture doit beaucoup à l’unité des programmes qui structure ces deux moments de la vie de l’enfant. Ceux-ci forment le premier temps de la scolarité dont la réussite ultérieure dépend largement de la solidité de la formation qu’y est dispensée. En ce sens, aujourd’hui comme hier, l’école primaire doit contribuer à réaliser toujours mieux l’égalité des chances. Une exigence républicaine que j’entends rehausser.
Si la qualité de l’enseignement tient d’abord à la qualité des enseignants, de leur formation et de leur investissement personnel, elle doit aussi aux programmes par le guidage qu’ils apportent, par la précision des objectifs et la juste mesure des exigences qu’ils fixent, par leur adaptation aux enjeux du temps et du monde où ils doivent être appliqués. Si les programmes arrêtés en 2002, dont l’ambition a alors été soulignée, fournissent un certain nombre de repères techniques et méthodologiques construits en fonction des données de la recherche, ils répondent aussi à un projet social et éducatif auquel nous souscrivons pleinement puisque les deux piliers qui les structurent, la maîtrise de la langue et l’éducation civique, constituent nos deux priorités pour l’école.

Creuset de l’égalité des chances, l’école le sera d’autant mieux qu’elle permettra la construction d’une culture commune partagée qui suppose d’abord l’acquisition d’un premier bagage commun, tout à fait essentiel avec la maîtrise des fondamentaux : lire, écrire, compter, priorité à la fois simple et pourtant exigeante qui permet que le collège puisse, en aval, tenir pleinement son rôle. Creuset de l’élaboration d’une citoyenneté responsable et solidaire, l’école doit favoriser la construction de valeurs partagées en les donnant à la fois à connaître, à comprendre et à pratiquer.

La maîtrise de la langue, première des priorités Le français est notre héritage commun. Il doit être une source de fierté et non un facteur d’inégalités.
À tous les niveaux, la maîtrise de la langue doit faire l’objet de toutes les attentions. À l’école maternelle, les enseignants doivent guider le jeune enfant dans sa conquête d’un langage oral
de plus en plus précis et structuré, en créant de nombreuses situations d’échanges, en associant le langage aux jeux et aux expériences qu’ils donnent à vivre dans leur classe ; ils l’aident à se servir du langage pour évoquer des événements passés, à venir ou imaginaires. L’initiation à la culture de l’écrit emprunte deux voies dès la petite section : la fréquentation de livres de qualité et de divers supports d’écrits, et la lecture à haute voix du maître, qui s’accompagne d’échanges autour des histoires entendues. Les enfants découvrent certaines des fonctions sociales de l’écrit ; l’imprégnation par de nombreuses histoires construit un bagage culturel, linguistique et rhétorique adapté aux petits, fait de thèmes universels de la littérature, de personnages, de formes écrites. L’école maternelle, par des modalités de travail d’abord ludiques puis plus structurées et systématiques, conduit les enfants à s’intéresser au fonctionnement de la langue, à comprendre le « principe alphabétique », c’est-àdire le principe selon lequel les lettres (l’alphabet) correspondent selon certaines règles aux sons de la langue. Cette conquête est essentielle pour pouvoir accéder à l’apprentissage de la lecture. Ainsi les jeunes élèves de l’école maternelle acquièrent-ils les compétences nécessaires à l’apprentissage systématique
de la lecture ; ces appuis sont déterminants pour la réussite des élèves au cours préparatoire, de nombreuses recherches en attestent.

C’est en effet dans les deux premières années de l’école élémentaire que se structure et se systématise cet apprentissage fondamental. Si le cours préparatoire constitue incontestablement un temps fort car il conserve son caractère de « classe initiatique », ces deux années doivent permettre d’assurer pour tous un premier niveau de maîtrise de la lecture, qui appellera des approfondissements mais qui constitue en soi une étape cruciale pour la réussite scolaire. Le maître du cours préparatoire
doit conduire les élèves vers deux conquêtes essentielles :
maîtriser la technique de la lecture et comprendre des textes.
Les élèves en effet doivent comprendre, connaître et mémoriser les relations entre graphèmes (sons) et phonèmes (lettres) et apprendre à les utiliser. Ils doivent aussi acquérir, en particulier pour les mots les plus fréquents, une telle habitude des mots et de leur forme écrite qu’ils les reconnaissent sans avoir à les déchiffrer ; la quantité de lecture, l’association très étroite des activités d’écriture et de lecture, la mémorisation de l’orthographe
des mots forment à cette reconnaissance immédiate.
L’autre facette de l’apprentissage de la lecture conduit lesélèves à une autonomie de lecteur : lire des textes, c’est-à-dire comprendre des enchaînements d’informations parfois complexes, n’est pas l’aboutissement simple et automatique des capacités de déchiffrage. L’apprentissage de la compréhension se greffe sur les activités antérieures d’échanges entre l’adulte et les enfants à propos des histoires racontées ou lues. C’est dans ces échanges qu’a commencé en maternelle et que doit se poursuivre un travail tout à fait essentiel : distinguer les personnages d’une histoire, leur caractère et leurs relations, redire avec ses mots ce qui est raconté, commencer à s’intéresser à la manière dont les choses sont écrites, etc. Sur des textes à leur portée, le maître doit guider les élèves par des activités méthodiques, pour qu’ils explorent avec rigueur les phrases et leur enchaînement et ne se contentent pas d’en deviner approximativement le sens sur la base de quelques mots vite reconnus, pour qu’ils traitent le texte dans sa logique, dans sa continuité.
Il est prévu deux heures et demie de lecture et d’écriture chaque jour parce que la régularité et l’intensité de l’entraînement sont essentielles pour la sûreté des acquisitions. Plus encore qu’à d’autres niveaux, le maître de cours préparatoire est d’abord un « maître de lecture » : il prend appui sur toutes les activités pour faire rappeler ou faire découvrir, faire mémoriser parfois, des mots (leur orthographe et leur sens) et des textes (leur fonction et leur sens).
Face à ces acquisitions, les enfants sont très différents, pour des raisons variées qui tiennent à leur maturité, à leur motivation,à la maîtrise de la langue française, à des problèmes spécifiques qui affectent leurs capacités d’apprendre. Le livret Lire au CP, publié ici en annexe sous une forme abrégée, propose aux enseignants des pistes de travail pour repérer les difficultés que peuvent rencontrer les élèves et leur apporter l’aide nécessaire.
La présente version a été centrée sur les approches qui peuventégalement être éclairantes pour les parents qui cherchentà soutenir de leur côté le travail conduit à l’école.
C’est au cycle des approfondissements ou cycle III que les acquis se structurent et acquièrent la fonctionnalité sans laquelle la suite de la scolarité sera difficile. À ce niveau, la lecture devient un outil autant qu’un objectif en soi. Tous les apprentissages de l’école mobilisent la lecture et le programme
invite à lui faire une large place dans tous les domaines ; ainsi, les élèves apprennent à lire différemment des textes différents, de même ils apprennent à produire des textes adaptés à des situations diverses (résumé, compte rendu, questionnaire, etc.).
Dans les manuels scolaires ou dans des documentaires, lesélèves doivent savoir chercher des réponses aux questions qu’ils se posent, confirmer ce qu’ils ont trouvé par eux-mêmes. Pour certains enfants, ce sont ces lectures qui les ouvrent au goût de lire en même temps qu’à une motivation pour des domaines particuliers de la connaissance.
Pour d’autres, c’est l’univers fictionnel et la littérature de jeunesse qui les convertissent à la lecture.

Dans ce domaine, le programme 2002 demande de faire découvrir une dizaine d’ouvrages complets chaque année. À côté du travail cognitif indispensable de compréhension, la littérature mobilise des réactions affectives et une attention esthétique qui engagent personnellement le lecteur : les échanges au sein de la classe stimulent à la fois l’implication de chacun (quand les points de vue s’affrontent) et la prise de distance, car la mise en mots fait sortir du seul plaisir fusionnel ou du rejet en donnant des occasions de les expliquer face à des avis différents. Une liste de référence en littérature de jeunesse, qui vient d’être élargie et sera progressivement renouvelée, guide les choix des maîtres sans les limiter. Elle est publiée en annexe.
Autour de la littérature, l’école permet de s’enrichir du point de vue des autres, de partager ses plaisirs de lecteur. Toute lecture suscite des émotions et pose des questions sur lesquelles peuvent se construire des débats particulièrement riches. En classe ou dans la bibliothèque, avec des pairs, des élèves plus grands ou des adultes autres que le maître (médiateurs de lecture venus de l’extérieur, parents, auteurs, illustrateurs, etc.), les échanges font découvrir que la lecture ne se réduit pas à une affaire d’école, que le monde des livres est organisé et que l’on peut s’y repérer, en distinguant les genres, les collections…
Pour que le plaisir de lire s’installe durablement, il faut aux enfants à la fois des compétences assurées – pour que la lecture ne soit pas une activité pénible – et des raisons de lire : l’école doit transmettre les unes et les autres, et c’est à cette condition qu’elle travaille à prévenir l’illettrisme.

L’éducation civique et l’apprentissage du « vivre ensemble »

La République a confié à l’École la formation de « ses » citoyens.
Cette citoyenneté se prépare dès le plus jeune âge par le biais, notamment, de l’éducation civique. Priorité des programmes, l’éducation civique se constitue progressivement au fil des cycles. À l’école maternelle où la majorité des enfants découvre les richesses et les contraintes de l’accueil en milieu collectif, chacun doit apprendre à trouver ses repères et sa place dans le groupe, à coopérer, à comprendre et à s’approprier les règles collectives ; c’est ainsi que se construit une identité d’écolier. À l’école élémentaire, l’élève est appelé à participer pleinement à la vie de l’école ; il commence à dépasser l’horizon de l’école pour prendre conscience de son appartenance à la communauté nationale et saisir la signification de règles de vie collective. Il comprend ce que signifie être citoyen dans sa commune, en France et il acquiert, au travers de différentes disciplines, des connaissances sur l’État républicain et les valeurs démocratiques, sur l’Europe, la francophonie, le monde.
La mise en place des moments de débat, à raison d’une heure en moyenne par quinzaine, permet d’envisager les problèmes que pose la vie collective ou les ressources qu’elle offre ; elle contribue à l’élaboration de relations de respect mutuel et de coopération réfléchie, et à une première sensibilisation aux valeurs civiques. Cette pratique régulière du débat permet d’apprendre à argumenter, à attendre son tour et à écouter les autres, à admettre les conclusions d’un échange collectif, voire les décisions qui en émanent, même si elles ne correspondent pas à ses propres idées. Les bases d’une première culture scolaire adaptée au temps présent

Les programmes 2002 redéfinissent les bases d’une première culture scolaire qui, au travers de l’ensemble des domaines d’apprentissage de l’École, donne aux élèves la possibilité de développer tous leurs talents, de construire des méthodes de travail et des savoir-faire et, en même temps, de découvrir et de recevoir le meilleur de la tradition sous forme de savoirs bien identifiés (historiques, géographiques, scientifiques, artistiques, etc.). Véritable nouveauté dans les programmes de 2002, l’enseignement des langues vivantes a un horaire identifié d’une heure trente au moins par semaine, des objectifs et des contenus précis qui permettent de construire une progressivité dans les parcours d’apprentissage. À l’heure de l’Europe, parler deux ou trois langues vivantes étrangères est aujourd’hui plus qu’un atout : c’est une nécessité ! Sans négliger la structuration des premières connaissances sur la langue (lexique, syntaxe, phonologie) ni la découverte de faits culturels propres aux pays dont la langue est apprise, l’enseignement est orienté par un objectif de communication ; apprendre une langue étrangère, c’est d’abord apprendre à comprendre et à s’exprimer de manière à se faire comprendre.
Les « fonctions langagières » à partir desquelles s’exerce la communication sont donc le pilier de ces premiers programmes de langue vivante pour l’école (se présenter et parler de soi, parler de son environnement, entretenir quelques relations sociales simples – saluer, prendre congé, remercier, s’excuser, souhaiter un anniversaire, féliciter, inviter, etc. –, exprimer son accord ou son désaccord, etc.).
Des activités de communication avec l’extérieur de l’école (formes diverses de correspondance avec des classes à l’étranger, recherche de documents authentiques, etc.) mises en place très tôt permettent aux élèves d’éprouver le pouvoir et l’intérêt des nouvelles compétences qu’ils acquièrent.

Dans ce même esprit, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication relève aujourd’hui d’une priorité : les élèves qui accèdent en 6e doivent désormais maîtriser les apprentissages de base dans ce domaine, ce que valide le niveau 1 du Brevet informatique et internet (B2i) que le collège permettra de préparer plus avant. Les technologies de l’information et de la communication, instruments efficaces du travail intellectuel, ne s’organisent pas en une discipline autonome. Ce sont des outils au service des diverses activités scolaires. Elles facilitent les approches interdisciplinaires et l’ouverture au monde ; c’est en les intégrant au coeur de toutes les disciplines que leurs fonctions diverses (communication à distance, recherche documentaire, support d’apprentissages et d’entraînements, etc.) prendront du sens et que les élèves en comprendront mieux l’intérêt spécifique et les limites.

Des objectifs communs, des chemins diversifiés pour les atteindre
Les exigences de l’école primaire demeurent élevées ; elles ont changé de nature parce que l’école prépare aujourd’hui tous sesélèves à devenir des collégiens et n’a plus sa vocation originelle à prendre en charge certains adolescents jusqu’à leur entrée dans le monde du travail. Il faut donc que les élèves maîtrisent les outils du travail intellectuel qui leur sera demandé dans l’enseignement secondaire et c’est ce qui rend impérieuse l’exigence de maîtrise de la langue, de la lecture et de l’écriture. Les compétences définies dans chaque domaine pour la fin de chaque cycle permettent de prendre la mesure de ces exigences. Cette définition des buts de la scolarité par des compétences signifie que l’on attend des élèves plus que la simple connaissance de règles ou de notions ; il faut que les acquisitions effectuées leur servent dans des situations plus complexes que les exercices, par exemple que l’orthographe soit vraiment utilisée pour écrire des textes sans erreur, que les opérations servent à résoudre des problèmes mathématiques, que la lecture permette de se débrouiller seul dans le travail scolaire pour faire un exercice (et donc lire la consigne), pour apprendre une leçon, etc.
Les compétences donnent le cap pour la fin de chaque cycle, elles permettent donc de hiérarchiser des priorités. Les équipes pédagogiques doivent organiser progressions et programmations ; le programme n’étant plus défini par année, elles doivent effectuer elles-mêmes une répartition des notions et des thèmes à travailler pour des unités plus courtes (années et périodes) que le cycle. Sur cette base, les élèves sont régulièrement évalués ; le livret scolaire, qui établit un lien entre l’école et la famille, doit en témoigner.
L’école primaire doit prendre en compte les difficultés propres et les rythmes d’apprentissage de chaque enfant. Les maîtres peuvent faire appel à leurs collègues spécialisés, qui dispensent des aides adaptées, soit en petits groupes et parfois dans le cadre même de la classe, soit individuellement. Les projets individualisés sont alors élaborés en lien étroit avec les parents de l’enfant concerné et le maître de la classe.
Faire vivre l’égalité des chances, c’est donner mieux à ceux qui ont moins ; le temps de l’école primaire est la période privilégiée pour organiser ce qui relève d’une réelle prévention de la grande difficulté.

Les programmes : un texte à faire connaître aux partenaires de l’école La réussite scolaire d’un enfant ne se construit pas seulement à l’école ; elle doit beaucoup à ce qu’il reçoit dans sa famille et dans l’environnement social et éducatif qu’il fréquente. En valorisant les efforts et les progrès de leurs enfants, en manifestant leur intérêt pour ce qu’ils apprennent, en lisant avec eux, en dédramatisant les problèmes passagers, les parents ont un rôle clé dans l’accompagnement de leur scolarité. Il importe qu’ils connaissent le programme, sorte de « contrat » entre la nation et l’École, qu’ils en comprennent les évolutions qui peuvent les dérouter. Ainsi peuvent-ils aussi mieux percevoir les attentes, donc les réussites de leurs enfants ou les difficultés ; dans ce cas, les maîtres chercheront toujours leur alliance pour parvenir à une résolution rapide.
Au-delà des familles, les partenaires de l’école pour l’accompagnement de la scolarité comme pour les loisirs des enfants, les élus locaux qui font beaucoup pour l’équipement des écoles, doivent être bien informés des évolutions et des exigences de la scolarité. Les uns apportent des compléments et des soutiens que nombre d’enfants ne trouveraient pas sans eux, les autres aménagent l’environnement de la pédagogie et concourent à son efficacité en dotant les écoles du matériel informatique utile, d’une bibliothèque, etc.
C’est cette alliance autour de tous les élèves, mais surtout autour des plus fragiles, qui nous aidera à faire réussir tous les enfants en développant au maximum tous leurs talents, en leur ouvrant des perspectives motivantes. La mission éducative est par nature une mission difficile : de l’éducation et de la formation de nos enfants et de nos adolescents dépend la capacité de notre pays à relever les défis qui s’annoncent à lui.
Mais précisément parce que la tâche est délicate, les femmes et les hommes qui font l’Éducation nationale se dévouent avec beaucoup de responsabilité et de passion dans les missions qui sont les leurs, au service de nos enfants. De cette capacité de mobilisation et d’initiative dépend aussi la réalisation des programmes.


François FILLON
Ancien Ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur
et de la Recherche